. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  Q U E S T I O N  S   F R E Q U E N T E . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

 

Dans vos compositions, vous utilisez le latin comme langue.
Pourquoi ce choix?
Vous arrive t'il quelques fois d'être limités linguistiquement?

Nous utilisons le latin, mais aussi l'hébreux, parfois des phonèmes qui n'ont aucun sens, parfois nous construisons des mots parce que nous désirons certaines consonances particulières. (Moritvri)

Ceci nous débarrasse définitivement de tout message du premier degré pour laisser place aux sentiments purs.
Plus de limites au contraire! ...

 

En général qu'essayez-vous d'exprimer à travers votre musique?

Des émotions fortes, des ambiances particulières, quand la musique ne suffit pas, nous ajoutons des odeurs sur les pochettes, des images, des projections de films, peu importent les moyens d'expression du moment que le sujet est bien traduit.

Nous poursuivons une recherche au quotidien, nous en ignorons le "quoi" et cela la rend plus passionnante encore...

 

Il semble que vous utilisiez très souvent des formules magiques.
Etes-vous un groupe "satanique"?
N'avez-vous pas peur que le public vous classe dans ce cliché?

C'est une question de grille de lecture... Il est vrai que notre musique aux consonances sacrées ne glorifie pas spécialement la sainte Vierge ou la toute puissance de Dieu.
Nous introduisons les notions de bien et de mal comme deux choses indissociables et qui méritent le même respect. Cela peut constituer une hérésie pour le christianisme... Nous sommes en dehors de toute religion, c'est pourquoi nous pouvons travailler ce sujet avec recul et en toute liberté.
Nos paroles disent:
... Et svmvnt mali, et svmvnt boni, sorte tanem inequali ...
... Et ils étaient le mal, et ils étaient le bien, une sorte d'équilibre.
Ces propos sont plus proches du concept Yin/Yan qui évoque la complémentarité que de celui de l'Ange et du Démon qui valorise d'un coté et condamne de l'autre...

... Les points de départ de notre travail sont les quatre éléments alchimiques. Nous avons joué les apprentis sorciers en fusionnant ces éléments dans notre musique mais aussi dans les matières.
C'est un travail sur l'homme et les éléments qui l'entourent.
la Terre, l'Air, l'Eau et le Feu ...
Le Fer s'impose vite car il est la fusion de la terre et du feu. Nous travaillons presque toutes nos performances avec cette matière... A ce propos, il faut se rappeler que le forgeron était considéré comme "satanique" au moyen-âge, car il vivait dans les flammes de ses forges...

 

Lors de la composition de vos morceaux, de quelle manière vous partagez-vous les différentes tâches?
Comment se déroule leur création?

Il n'y a pas vraiment de cas de figure précis ou de recettes pour composer. Chaque composition est une aventure à part entière...
On peut parfois créer une mélodie de piano sans pour autant être le pianiste du groupe, simplement parce qu'un soir, on n'arrive pas à dormir et que c'est le premier instrument qui tombe sous la main.
Il y a eu des compos faites au hasard de circonstances comme "Orgue" ou Claude s'est retrouvée un jour devant un orgue d'église avec la possibilité d'en jouer... Parfois ce sera un rythme de tambour qui entraînera les arrangements, ou alors des vieux textes retrouvés lors de recherches en bibliothèque qui donnent envie d'être mis en musique...

Une fois la base d'une composition établie, les arrangements coulent souvent de source. Nous les travaillons  en recherchant l'ambiance que nous voulons faire ressortir.
Le plus difficile reste de trouver la "raison" d'une compo. Elles ont toutes une histoire que nous traduisons par les performances qui les accompagnent...

 

Vous incorporez toujours la "Danse de la Terre" dans vos concerts.
Quand et comment vous est venue cette idée?

Ce n'est pas vraiment une idée mais plutôt l'aboutissement d'une recherche. Il y avait l'envie d'exprimer l'angoisse de la mort, de confronter le corps humain avec cette matière dont il est issu et à laquelle il retourne. C'est une façon de rendre hommage à la terre par un contact physique. C'est autour de cette performance que nous avons composé "Eli-Elo": la terre est représentée par les sons graves. L'angoisse est transmise par ces voix qui se superposent en remplissant à tout prix le vide, la lutte violente contre la mort est exprimée par ces gestes répétitifs et mécaniques, presque psychotiques, qui permettent de vivre l'angoisse de son vivant, par les tambours et les parties fortes, par les déflagrations de grosses caisses qui battent comme un cœur au bord d'exploser...

Comment se construit le "jeu de voix" dans votre morceau "Eli-Elo"?

Il s'agit du principe du chant "à voix égales" (basses, ténors, altos, sopranes) utilisé dans les ensembles vocaux. Ces voix constituent la base rythmique et se complètent par additions successives. Le but recherché est une tension croissante. Ces voix ont été écrites pour être chantées dans un cycle infini. Nous avons pour cela imaginé une nouvelle forme d'écriture, la partition tournante, afin de souligner l'importance du répétitif.

Quelles sont vos influences musicales?

Nous écoutons beaucoup de musique classique ainsi que les débuts de la musique contemporaine.
Notre compositeur préféré reste Igor Stravinsky avec le Sacre du Printemps. Il a nettement influencé notre façon d'aborder les structures rythmiques de nos compositions.
Pour le reste, les influences viennent de cette autre vision de la vie qu'apporte l'alchimie avec la présence audible de l'angoisse et de la mort.
Nous admirons certains compositeurs quand ils arrivent à ressortir ces couleurs.
Mozart a sans doute atteint la perfection dans son Requiem...

 

A l'écoute de vos disques, il est difficile d'imaginer comment vous transférez sur scène une musique aussi complexe...

Nos disques ne comportent jamais de sons que nous ne pouvons reproduire sur scène.
Nous utilisons souvent l'échantillonneur, ce qui nous permet de donner aux claviers des sons de grandes orgues, de pianos, de cordes et autres...
Nous allons toujours enregistrer nos sons sur de véritables instruments avant de les échantillonner.
Cela demande parfois de véritables expéditions mais cela nous évite de travailler avec les bibliothèques de sons "connus" et nous pouvons ainsi reproduire le son caractéristique du carillon de tel clocher plutôt qu'un autre...

Pour les batteries nous utilisons un système mécanique de notre invention qui prend autant de place sur scène qu'une fanfare complète. (Vielles)...
Nou
s avons depuis peu un carillon, un piano a queue, des timbales d'orchestre... en général il ne reste pas un mètre carré de libre sur la scène.