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| Elegy No.24 Interview 6 pages par Alyz Tale Octobre 2002 |
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1 - Tu es loin de te cantonner au domaine musical, ce n’est pas nouveau, l’expérimentation semble couler dans tes veines ! On peut donc se douter que tu n’as pas passé ces quatre dernières années en studio… Que faisais-tu pendant que nous trépignions d’impatience en attendant ce fameux nouvel album ? !
Tellement de choses se
sont passées ! On en a eu marre un jour en se regardant en vidéo d’être
si peu différents visuellement de tout ce qui existe.
Il n’y avait que notre batteur automate qui nous semblait être un instrument
adapté à l’esprit de Rosa Crvx. La BAM ,Batterie Acoustique Midi, est une de
nos création : une sorte de boite à rythme qui pilote des baguettes par
des systèmes d’électroaimant et les font frapper sur des fûts de batterie.
Un peu comme ces instruments mécaniques au centre des vieux Carrousels de foire
et qui marchaient avec des cartes perforées…
Donc ça a été une autocritique très sévère… pourquoi ce ridicule synthé
si c’est un piano qu’il nous faut ? A queue, le piano pendant qu’on y
est… Pourquoi ces ridicules toms à la BAM alors que ce sont des timbales d’orchestre
qu’il faudrait ? Musicalement on n’a jamais supporté de faire des
compos qui ressemblent à ce qui existe, pourquoi en serait-il autrement du
reste… Pourquoi cette caisse claire ? Il faudrait un tambour !
Quatre tambours ! Et ces cloches qui nous passionnent tellement, je verrais
bien un carillon là, moi, tiens!
Alors on a mis "les pantalons de cuir au placard" et on s’est
trouvé des blouses blanches…
Il y a eu dix mille choses a régler, forcément, des problèmes techniques
complexes, un sacré casse tête à résoudre de tous les cotés.
Financièrement, de gros travaux de fabrication, (on imagine mal à quel point
les prototypes coûtent…) Un concert de temps en temps où nous profitions
pour tester des nouveaux systèmes…
L’atelier s’est transformé en fonderie de cloches… on a du commencer par
construire un énorme bac à terre en ciment, un tour capable de faire tourner
une cloche de 200kg de glaise… puis les énormes moulages … il y a des
reportages sur notre site web là dessus…
… Et puis parallèlement, l ‘énorme chantier occasionné par le film
" Omnes qui Descendvnt " dont on parle juste après…
2 - Rosa Crux a toujours montré l’homme dans toute sa réalité, toute sa laideur même, en quoi penses-tu aller encore plus loin avec " In Tenebris " ?
In Tenebris va plus loin au sens premier, dans ce sens ou il y a cette fois
un déplacement concret : L’album précédent, Noctes Insomnes,
psalmodiait " Exvrge in ira tua ! " qui, traduit,
donne : " Lève toi dans ta colère ! " autrement
dit "fais le ! "
In Tenebris, c’est cela, une expédition. une descente, " Vadam ad
portas inferi ". chaque titre illustre l’état successif dans lequel
on est plongé par un tel voyage.
Les étapes se succèdent dans les excitations et les angoisses au début de l’album
pour atteindre progressivement l’humilité dans le titre Procvmbere …
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Palpebrae meae caligaverunt |
Mes paupières s’obscurcissent, |
…passé ce stade il y aura successivement l’Ovation avec le titre Svrsvm Corda, la Transformation dans Omnes Qvi Descendvnt puis la Gratitude par l’ex-voto avec le titre Salve Crvx.
3 - " In Tenebris " contient une plage multimédia, la magnifique vidéo " Omnes Qvi Descendvnt ", peux-tu nous conter l’histoire de ce tournage un peu particulier… ?
Le film illustre a peu près tout l’album, cette descente dans un moment
hors du temps, hors de la réalité. Une troupe de marcheurs et de cavaliers qui
partent pour une grande célébration…
C’est l’éclipse et les éléments qui se déchaînent., c’est une
rencontre impossible, celle du jour et de la nuit, de la vie avec la mort, de l’homme
avec les éléments… c’est un hymne. Tout est symbolisé par ces paysages,
ces danseurs, ces costumes où les chanteurs ont des porte-voix vissés sur la
tête :
" Le ciel est tourmenté par les couleurs fantastiques des nuages,
l’éclipse est proche de son point culminant.
Une troupe composée de trois cavaliers et de dix-huit marcheurs arrive à l’horizon.
Ils avancent d’un pas lent et régulier et semblent marcher depuis plusieurs
jours déjà.
Ils arrivent de nulle part…
On les découvre progressivement : De leurs tête partent des tuyaux cannelés,
sortes de saxophones difformes qui ressemblent à des jeux d’orgues…
D’autres ont des porte-voix enveloppant la tête entière, d’autres des
vieux tambours de cuivre en bandoulière… Les cavaliers ouvrent la marche. Ce
sont des chanteurs, leurs porte-voix sont plus grands que les autres, leurs
chevaux sont décorés de grands drapés.
Est-ce une fanfare ou une chorale ?
Le paysage est celui d’un autre monde, pas de végétation, pas de traces de
civilisation, de la roche brute, des parois mouvementées, le décor est
lunaire, indéfinissable.
Sommes nous dans le passé ? Dans le futur ? Rien ne permet de le savoir.
La troupe arrive au centre d’un grand canyon et se dispose en cercle autour d’une
scène étrange :
Deux personnages à genou.
Ils semblent avoir toujours été là ces personnages, immobiles comme des
statues, yeux fermés, tête droite, ils ont la couleur de la roche autour, la
poussière qui les a recouvert ?
L’éclipse est maintenant totale.
Six hommes sortent du cercle et soulèvent les personnages. Ils sont levés au
dessus des regards et prennent soudain vie.
Ils exécutent une sorte de danse, dans les mêmes gestes, exactement, comme si
ils étaient un seul en face d’un miroir.
Premier mouvement : Terre / Cou / Epaule,
Deuxième mouvement : Terre / Nuque / Hanche / Terre,
Troisième mouvement : Terre / Hanche / Hanche / Terre,
Quatrième mouvement : Terre / Tête / Tête / Terre.
Une minute est passée, le Soleil sort du disque lunaire et illumine
brusquement le paysage.
Les danseurs s’immobilisent à nouveau. La troupe se reforme pour repartir
vers l’inconnu.
Le ciel est redevenu normal.
Ca, c’était le synopsis… la réalité des choses est plus impossible
encore ! ! ! Un groupe indépendant en France qui veut réaliser
son film c’est en soi une descente aux enfers ! Le tournage de ce film a
été une véritable expédition aussi…
Là ou quelqu’un va se dire, bon il faut un steadycam et une luma pour ce
tournage, il va falloir trouver un producteur ou une subvention pour louer…
nous, on va être obligés d’avoir le réflexe suivant : bon il faut un
steadycam et une luma pour ce tournage, il faut vite trouver des plans sur
internet et les fabriquer…
Pas le choix ! mais ça change toute la donne : d’un coté on
dépend du bon vouloir d’un décideur et de l’autre on sait qu’on aura ce
qu’il faut, mais le problème c’est …quand ?
Alors forcément il y a du temps qui passe. On a pris le temps de se fabriquer
un steadycam, un rail de travelling, une luma, de récupérer de l’éclairage
industriel, de coudre un à un les 22 costumes, même les tambour du film sont
fabriqués de toute pièce ! (ils sont maintenant sur notre batterie de
scène…) bref ! ça a mis un an et demi au lieu d’un mois avec des
moyens de production classiques...
Ceci dit, la différence, c’est sur le prochain tournage qu’elle se
sentira : les problèmes matériels sont maintenant résolus, pour ce film
comme pour les suivants… C’est en cela qu’être
" indépendant " a ses avantages… il arrive un moment ou
on peut se permettre de dire à certains : plus besoin de vous !
4 - Pourquoi le thème de l’éclipse ? Quelle signification lui donnes-tu dans ce cadre-là ?
Les premières images de " Omnes Qvi Descendvnt " remontent à 1999 lors de l’éclipse du 11 Août. Ca faisait des mois que cette date me rendait dingue. L’éclipse pour moi c’était un vieux rêve de gosse. Je voyais la date s’approcher et je ne trouvais pas quoi en faire. Un film ? une performance ? un concert ? quoi ?… les idées ne venaient pas. Alors je l’ai filmée méthodiquement en me disant que je trouverais bien après. Je vous ai ressorti ce texte que j’ai écrit à ce moment là, il traduit bien l’état dans lequel cette date me mettait :
" On la prévoit à la seconde prés, on connaît le meilleur
endroit pour l’observer, on la médiatise…
Il n’y a pas si longtemps, on y voyait la colère des Dieux, la fin du monde,
l’Apocalypse…
Retrouvons une dernière fois l'éclipse d "Avant", celle qui nous
faisait hurler comme des chiens sauvages, celle où les ténèbres envahissaient
la lumière…
… Il n'y a pas que la lune qui passe devant le soleil... ça, on ne le voit
pas! Il y a surtout la nuit au milieu du jour, il y a aussi ce violent courant
d'air glacial mystérieusement synchronisé, les étoiles qui apparaissent, les
chiens qui aboient, les cœurs qui s'accélèrent, les yeux qui pleurent, la
foule qui hurle... ...de joie? c'est ce qu'elle pense, non! de peur en
réalité. Il y a aussi la prise brutale de conscience: l'impossible vient
d'arriver, nous sommes à la merci d’un simple dérèglement...
De tous temps, l'éclipse a représenté un évènement cataclysmique. Nous
pouvons aujourd'hui nous vanter d'explications scientifiques, de prévisions
parfaites, de simulations informatiques, : le sentiment d'angoisse demeure...
Tous ceux qui ont un jour vécu une éclipse totale vous le diront: pendant un
bref instant, c'est la fin du monde!
Cette peur est animale, instinctive, ancestrale, culturelle même! n'ayons pas
peur des mots, nous sommes prévenus depuis notre tendre enfance: l'éclipse est
la plus formidable mise en scène de la nature. "
5 - De qui vous êtes-vous entourés, Claude Feeny & toi-même pour travailler sur ce film ? &, plus généralement, sur l’album ?
Le plus dur, une fois le matériel et les essais au point, était de trouver
les lieux et les figurants.
Je connaissais des grottes ou le tournage aurait été plus simple, mais les
autorisations à obtenir étaient inimaginables ! ! ! La
fédération de spéléologie de qui dépendait l’accord imposait en sine qua
non le port du casque de chantier sur la tête!! ! caméraman ou acteur,
ils ne voyaient que le règlement ! ! ! bref ! impossible de
tourner autre chose qu’une pub pour Manpower… Heureusement, on a fini par
trouver une carrière privée ! une simple décharge de responsabilité
pour le propriétaire et voilà !
Il y a une petite équipe bien soudée a Rouen sur qui on a toujours pu compter…
Philippe Coquin, David & Stéphane Viola, Laurent Horbacio, et aussi une
sacrée bande de casse-cou prêts à tout dans un club de plongée : le
Club Subaquatique de Rouen (CSR)…
Côté figurants, il y avait aussi sur le tournage des gens que nous ne
connaissions pas. Une association gothique de Rouen, Phantasmagoria a eu l’idée
de faire une sorte de jeu-annonce sur le net et nous ont trouvé beaucoup de
monde. La consigne s’était : surtout ne viens pas seul…
Il y a bien eu aussi quelques agréables surprises venues de l’extérieur,
comme pourra en témoigner les remerciements du générique du film, mais ça ne
représentait malheureusement pas des aides indispensables. L’aide d’un
organisme régional délégué au cinéma ou à la culture aurait été bien
plus efficace. Mais R+C les agace ! ! Trop sombre ! ! !
L’album par contre s’est fait à deux. Avec Claude on avait décidé d’avancer
les compos en même temps que le film pour coller le mieux possible aux images.
Il n’y a pas eu comme pour les autres albums d’intervenants extérieurs.
Avant on utilisait souvent un support extérieur de choristes pour les voix, on
appelait parfois aussi un percussionniste pour lui faire jouer les partitions de
tambours. Mais le matériel d’enregistrement a beaucoup évolué et je
préfère maintenant enregistrer les percus tout seul. Claude travaille sur les
mélodies de fond et tout ce qui est claviers. Je m’occupe volontiers des
chants au dernier instant, quand le titre "sonne" suffisamment bien
tout seul, puis on enregistre, on modifie, on recompose des parties pour les
arrangements… depuis le premier disque de R+C on a toujours composé les
titres exclusivement à deux, et on ne sait travailler que comme ça…
6 - La Danse de la Terre revient dans le film, forcément, quelle a été l’évolution de cette danse depuis sa genèse exactement ? Son concept est-il resté le même ?
La danse revient toujours
dans nos concerts. On adore la faire et même les gens qui l’ont vue plusieurs
fois ne s’en lassent pas. Les danseurs, Eleonore Joyet et Nicolas Lelandais,
la travaille avec beaucoup de patience car elle n’est constituée que de
difficultés techniques ! sur scène le public l’oublie et tant
mieux ! mais pour être synchro dans les moindres gestes il faut des heures
de travail, un contrôle vidéo image par image pendant les répétitions pour
corriger par exemple un coude plus haut chez l’un que chez l’autre…
Cette danse n’avait pas fait l’objet d’un clip et s’agissant d’une des
particularités de Rosa Crvx, on s’est fait un devoir d’y remédier.
Et il y avait une analogie trop parfaite avec l’éclipse ! La danse (un
couple) représente la confrontation de la vie consciente (donc l’homme) avec
la mort.. le propos est le vieil adage : " poussière tu es
et redeviendras… "
Dans le film les paroles disent " Non mortvi, sed data somni "
" Non, pas morts, mais endormis " et les danseurs immobiles,
recouverts d’argile se mettent en mouvement synchronisé au moment de l’éclipse
totale, dans un cercle de feu représentant à la fois la couronne solaire de l’éclipse
et le cercle magique du rituel kabbalistique.
Cette danse n’a pas bougé depuis sa création si ce n’est qu’à l’origine
j’avais demandé à un modèle de s’enduire de boue sans lui donner la
moindre indication. Je filmais en vidéo et je guettais les moments de naturel.
Mon idée était de réveiller un vieil instinct ou quelque chose comme ça. J’enviais
trop les éléphants qui se roulent dans les flaques et les peaux rouges qui s’en
recouvraient la peau. Il me semblait que c’était un geste définitivement
perdu. Même les chiens adorent se rouler dans une bonne vielle mare bien sale…
Mes obsessions restent aujourd’hui les mêmes qu’à l’époque de la
création de la Danse de la Terre : connaît-t-on le Cri de l’Homme comme
on connaît celui du loup ? Non ? Et comment peut-on aller sur la lune
si on ne sait même pas ça ?? Je recherche souvent ce cri dans mes chants.
7 - Tu es toujours à la recherche de lieux insolites dans lesquels tu puisses réaliser tes performances, tu as dû parcourir tous les endroits les plus bizarres de France & de Navarre ! Quelle est ta dernière " trouvaille " en la matière ? & le lieu qui te fait rêver mais auquel tu n’as pas (encore !) accès ?
On s’en doute, les lieux insolites sont des perles rares jalousement
gardés par ceux qui les connaissent. Je crois pouvoir dire que j’ai fait le
tour de ceux de ma région… mais je ne connais malheureusement pas tant d’endroits
que ça ! c’est toujours par bouche à oreille qu’on tombe la
dessus , et il faut vivre sur place pour finir par savoir.
Après, il faut encore que l’endroit puisse être utilisé pour une
performance ce qui est rarement le cas !
Si un endroit me fait rêver depuis longtemps, ce sont les Carrières de Meudon.
J’ai été emmené la bas une nuit par des entrées cachées le long de rails
de trains… je sais qu’il y a des entrées moins dangereuses mais il fallait
faire discret. Le rêve c’est un concert de R+C là dedans. Sûrement le plus
bel endroit dont on puisse rêver… Je me souviens de voûtes taillées dans la
craie aussi hautes que celles d’une cathédrale… Il y aurait paraît-il une
association à Meudon qui protège ces carrières ? (avis de recherche)
Un autre lieu qui n’a rien d’insolite mais qui m’est tout aussi
inaccessible ce sont les Halles de la Villette. C’est je crois l’endroit
idéal pour présenter les " Jeux de Fers " à Paris. (voir
le site web pour " Jeux de Fers ")
J’aimerais bien aussi un jour visiter des catacombes de Paris… (pas les
payantes…)
8 - En 1986, tu projetais un homme vif & nu enfermé dans une cage contre un gigantesque gong. Cette performance, " Jeux de Fers ", avait lieu à l’abbatiale Saint-Ouen de Rouen, un lieu idéal… Penses-tu qu’aujourd’hui, alors que les pétitions contre les clôtures d’associations & autres lieux artistiques pullulent, il soit encore possible de jouir de tels lieux pour de telles performances ?
Les problèmes ne sont pas nouveaux ! la seule différence c’est qu’aujourd’hui
l’info circule plus vite grâce au net. Alors on sait ce qui se passe dans
tous les coins…
En 1986 j’avais risqué gros pour cette performance. J’ai eu l’interdiction
formelle du directeur des beaux arts qui m’a menacé en face d’expulsion si
je mettais mon installation en marche… un homme nu dans une
église ! !
…et dans une cage d’acier suspendue et projetée a 9 mètres du sol… même
sans les problèmes de censure, il y aurait eu les problèmes de sécurité…
C’était plus simple de voler les clef et de revenir une nuit avec un public
informé clandestinement. Il l’a appris dans le journal du surlendemain, le
directeur ! ! et moi j’étais parti la veille pour 6 mois en
Angleterre (un échange scolaire). Ca tombait bien ? non, c’était
calculé. je n’aurais pas pu me permettre d’organiser ça autrement.
C’est toujours la même lutte qui est menée.
Il y aura toujours un responsable de Mairie, de quartier, un journaliste
parfois, pour tuer dans l’œuf les projets qui sont un peu trop originaux. Ce
qui est différent fait très peur ! Le mouvement underground en France s’est
noyé dans sa mare. Quand je pense à ce qu’il a été à une
époque ! ! !
Du jour au lendemain la presse a sorti LE titre réducteur
" Gothique " et n’en déplaise à beaucoup, c’est à ce
moment là que tout a chuté.
Ils ont enfin réussi à mettre une étiquette, réductrice, ridicule, à ce qui
était un véritable affront au système dans sa globalité. Un mouvement
indépendant qui avait son propre réseau d’information, ses propres réseaux
de distribution et de salles de concert. Un mouvement qui grouillait, et que l’on
ne savait même pas comment appeler ! Le summum du contre-courant !
A Rouen, pour vous parler de ce que je vois tous les jours il n’y a plus qu’une
petite poignée de gens qui s’habillent en noir alors que cette ville a été
un véritable point chaud… Paris s’est plus ou moins bien protégé semble t’il…
Et pourtant pas plus loin qu’ici je connais deux organisations qui se tirent
un peu trop dans les pattes alors qu’en se concertant et en unissant leurs
efforts elles auraient le pouvoir d’unir et de ressusciter beaucoup de choses.
c’est la première fois qu’un tel pouvoir de presse existe et il nous
faudrait un grand Festival en France comme celui de Leipzig, et qui d’autre
aurait le pouvoir de le démarrer ? Il nous faudrait une émission télé
régulière sur une grande chaîne, Arte serait utile pour ouvrir les liens avec
les Allemands, via Orkus…
Ne nous trompons pas d’ennemis, c’est contre l’extérieur qu’il faut
agir. Pour revenir à mes expériences concrètes et pour reparler par exemple
de notre film, j’ai fini par comprendre que les moyens de production sont
toujours réservés à la bonne vieille Dobe… c’est volontaire ! il n’y
a que les horreurs diffusées sur M6 qui disposeront de budgets colossaux pour
un vidéo-clip… Alors imaginez ! ! un groupe
indépendant ! ! !, auto produit ! ! ! même les
institutions locales n’ont pas daigné lever le petit doigt. La réalité est
la même partout : si ce n’est pas Dans le Moule on sabote. Je suis
persuadé qu’il existe une "censure de genre". Et que ce Genre là,
un peu trop noir, est le premier sur la liste, noire elle aussi,
justement ! …
9 - Quel regard portes-tu sur l’évolution & la vie de Rosa Crux à ce jour ? Changerais-tu quelque chose si tu le pouvais ? & comment vois-tu son futur ?
Je pense que le groupe se tournera de plus en plus vers l’Allemagne…
Noctes Insomnes s’est plus vendu là-bas qu’en France et In Tenebris y est
déjà distribué.
Un souhait ? Trouver enfin un distributeur sérieux pour la France. Depuis
que le distributeur Sémantic a coulé nous sommes devenus des fantômes dans
les bacs. On trouve du R+C en Allemagne, en Belgique en Suisse, en Italie mais
pas en France ! ! ! ! (à Paris, oui, mais pas en France)
Un autre souhait ? Si je pouvais, je changerais ça : tout le système
de distribution et de vente de disques en France qui a été écrabouillé par
les Fnacs qui se permettent aujourd’hui (après avoir assassiné les petites
disquaires) de dire Oui ou Non aux musiciens qui vivent de leur musique. Les
Fnacs devraient s’inventer une conscience, comprendre le mal qu’elles ont
fait à la musique, le bien qu’elles ont fait à la Grosse Dobe et s’obliger
de créer des rayons permanents ET pour les groupes locaux ET pour les
indépendants ( je parle des Indépendants, pas des " indépendants
qui dépendent d’une maison de disque ", des IN-DE-PEN-DANTS )
10 – Vous avez récemment donné un concert mémorable à Cognac, vous vous apprêtez à investir la Locomotive sous peu, quelles seront les prochaines salles françaises ? & Quelle forme prend Rosa Crvx sur scène en 2002 ?
Il faut dire que le CD In Tenebris était à peine achevé que se sont
enchaînés les préparatifs pour le concert de la Loco. Il y a des dates qui se
négocient à Nantes, Rennes, Rouen, Bordeaux, mais je ne peux encore rien
annoncer officiellement. L’organisateur du concert de Cognac, Clément
Marchal, a eu envie de nous faire tourner un peu et il y travaille en ce
moment.
Il y a aussi une petite équipe qui nous prépare un concert sur Paris dans une
petite salle. La Loco est un endroit parfait pour du Grand Concert, mais on a
envie aussi de jouer dans des salles plus intimes, sur plusieurs soirs, 250
personnes maxi… c’est une ambiance très différente.
11 - On vous a aussi vu en Italie, en Irlande, en Espagne, en Suisse, en France bien sûr… Alors, " In Tenebris " sera-t-il accompagné d’une tournée européenne ?
Une tournée, non. plutôt des dates réparties sur l’année.
Je peux donner la date du Samedi 1er Mars 2003 à Gent, Belgique au
Wave-Gothic-Electro-Meeting, et annoncer une promesse reçue par email pour le
prochain festival de Leipzig.
On nous demande à Florence mais il y a des problèmes de budgets a résoudre
avec les Italiens…
Rosa-Crvx n’a jamais vraiment eu de tourneur. Quand je vous dit qu’on est un
" Groupe Indépendant ", il faut presque traduire qu’on
est un " Groupe Seul ", ce sont des gens qui se disent un
jour " et pourquoi je n’essayerais pas de les faire jouer chez
moi?" C’est le cas de Cognac par exemple… Ca c’est toujours passé
comme ca. De notre coté on ne cherche plus le concert à tout prix, mais on ne
refusera jamais une date. On adore les planches.
Il faut dire qu’on a, à une époque envoyé tellement de dossiers de presse
pour rien, que depuis l’ouverture du site web, on se contente de répondre aux
demandes. De toute façon, aucun concert de Rosa Crvx ne s’est fait à la
suite d’un dossier envoyé ! Ca a toujours été le coup de cœur d’un
organisateur. Et c’est vraiment mieux comme ça ! On joue peu, mais les
salles sont pleines et le public sait ce qu’il vient voir. Ca reste du concert
pour initiés.
12 - Vos projets immédiats ?
Un nouveau film est en repérage. Moins compliqué que le précédent
heureusement ! des scènes de dessins de feu…
Sinon je me demande de plus en plus si la prochaine production ne sera pas un
DVD, avec une partie vidéo-clips et une partie Live. Le groupe a suffisamment d’images
pour le remplir. Et puis…ce format est vraiment bien adapté a notre travail.
Des concerts aussi, on a travaillé tout ce temps pour se montrer sous une
nouvelle robe et on voudrait que ce soit vu.
Questionnaire de Pivot
Ton mot préféré… Let’s go !
Le mot que tu détestes… sac en plastique
Ta drogue favorite… Lipton Yellow
Le son, le bruit que tu aimes… Une locomotive a vapeur
Le son, le bruit que tu détestes… le Rap
Ton juron, gros mot ou blasphème favori… pfff ! ! !
Homme ou femme pour illustrer un nouveau billet de banque… Igor
Stravinsky
Le métier que tu n'aurais pas aimé faire… Salarié
La plante, l'arbre ou l'animal dans lequel tu aimerais être
réincarné… Un Ptérodactyle
Si dieu existe, qu'aimerais-tu, après ta mort, l'entendre te
dire… Vade a porta inferi !
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