| C | H | R | O | N | O | L | O | G | I | E | ||
| Double page dans le magazine ELEGY Numero1 | ||||||||||||
| 2 novembre1998 | ||||||||||||
![]() Ou l'envie de faire de la musique qui se voit, des spectacles qui se touchent et des disques qui se sentent... |
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Ce disque a été vécu de nuit. J'ai eu des périodes d'insomnies insupportables... angoisses terribles, inquiétudes pour la santé... mon corps refusait de dormir. C'est bien après que j'ai compris ce qui se passait. Mon corps s'est mis à l'heure du disque, il s'est mis dans l'état nécessaire à sa réalisation. Je regardais le ciel s'éclaircir quand je quittais ma table de mixage, la nuit était passée en silence. C'est après, bien après que j'ai choisi ce titre. Mon état était très inquiétant, j'ai alors écris les paroles de "Noctes Insomnes" comme un témoignage d'un état vécu. Cela rendait le travail plus terrifiant encore : à mesure que le corps se détruisait, le disque avançait... Le fil conducteur de ce disque s'est créé de toute pièce, de façon très naturelle, le titre s'est imposé par lui-même. Le crâne, les dents, les cheveux, c'est l'état d'un corps après une année de vie nocturne. Il n'en reste plus rien de vivant ; le corps et l'esprit se séparent dans une sorte de dissection. Le disque transcrit tout cela. L'ordre des compositions a une grande importance. C''est une descente vers l'état second, une descente lente et progressive. Le premier titre évoque un instant crépusculaire par les mélodies et pose le sujet : "il passait les nuits presque entières sans sommeil..." puis vient "Aglon" dans un désir de s'envoler comme un corbeau... puis "Ab Irato" qui signifie "dans un mouvement de colère..." "Rosa Signat" se plonge dans la mélancolie et puis vient la chute, le grand plongeon "In Orbem" "dans un mouvement circulaire, en orbite" c'est la descente sans fin, la spirale plongeante à l'intérieur de soi, le point de non-retour... s'enchaîne alors la deuxième partie de disque noire, ténébreuse, nous sommes de l'autre coté. "Et que luise pour eux la lumière sans fin... Heureux les morts qui meurent à la porte de l'enfer..." A "Beati Mortui" s'enchaîne "Lwe" avec ses voix qui répètent infiniment "Cirvmdedervnt" "tournant autour de moi" puis "Qvi Non Cessant ... clamare" "qui ne cessent de crier" c'est le moment d'égarement total, l'emprise à la folie intérieure, cette folie qui est en chacun d'entre nous, cachée, latente... et enfin le disque se termine sur la révolte "Exurge in Ira Tua" (lève toi dans ta colère) et l'acte final, visible en vidéo dans le CD-ROM, l'acte de folie et de mystère, celui qui se produit tout les jours, le fou dans la nuit, dans la nuit du corps, au fond de la pensée : la grotte, la labyrinthe, dans lequel se trouve un édifice perdu, l'exploration de ce lieu, la destruction de l'endroit, la mise à feu, les flammes qui envahissent l'intérieur, la colère qui prends son essor, le feu dans le noir le plus profond, "Incendere" (la mise à feu) et le jour qui se lève à l'extérieur dans le monde du réel, le feu du soleil qui met fin au cauchemar. Je peux enfin dormir calme et tranquille." Olivier Tarabo, Septembre 1998 |