C H R O N O L O G I E
Double page dans le magazine "BEST"
Decembre 1991

 

Déjà tout petit il inquiétait ses parents
parce qu'il s'acharnait à dessiner des têtes de morts.
Quelques années plus tard sous le nom de Rosa-Crux
Olivier Tarabo crée des images et des sons.

Un drapeau danse avec l'air, en lettres blanches sur fond couleur terre est inscrit " Rosa-Crux "
"La croix est symbole de souffrance, de mort et de supplice, la rose symbolise la vie, la naissance, l'amour... Deux extrêmes ! Vivre au milieu est un déchirement... A l'origine ce nom était le pseudonyme d'un ermite qui a consacra sa vie à une recherche sur lui-même, son corps et ses limites. Je me sens très proche de cette recherche sur soi... jusqu'où peut-on aller sans mourir?"

Un homme nu suspendu à la voûte d'une église dans une sphère d'acier est précipité inlassablement sur une énorme plaque de fer.
"Je concrétise mes pulsions sans aucune censure. Quand je suis devant une image forte, je vais la restituer sans l'édulcorer pour essayer d'aller le plus loin possible et le fait de concrétiser quelque chose d'un petit peu fou, de le voir, de le vivre, amène à d'autres visions. C'est un travail évolutif. Il y a beaucoup d'images qui jaillissent intuitivement d'un désir qui peut être sexuel, émotif... "

Des rats tournent en rond et jouent de la vielle.
"Je travaille avec des rats depuis longtemps. J'aime ressortir ce que tout le monde cache. Le rat est un magnifique symbole, il caricature l'homme dans la société, il représente aussi le principe actif. La même étymologie relie le rat et le muscle (mus / ) "

Des corps agenouillés s'enduisent de boue...
"Cette scène avec la terre est une sorte de pied de nez à la mort : des êtres vivants jouant avec la terre, c'est une sorte de prise de conscience de son vivant sur la fatalité . Les personnages qui le fond ont une attitude agaçante : ils répètent toujours la même série de gestes. L'intérêt du répétitif est qu'il devient vite agressif et l'insistance sur un geste oblige le spectateur à se demander quelle est la raison de cet acte."

Sur l'ocre du décor plane une musique martiale, industrielle, répétitive, distillée par trois musiciens.
"Rosa-Crux crée un environnement sonore et visuel qui enferme celui qui s'y trouve dans un film vivant. La musique c'est l'air, quelque chose de volatil, c'est une émotion. Le texte n'a rien à faire là, il est trop concret, il ne joue pas assez avec le sentiment. Dans Rosa-Crux il y a beaucoup de mots rythmiques, du texte pour la beauté d'un mot, sans message."

Outre ce maxi, Rosa-Crux a sorti un double 45 tours parfumé au goudron. Mélange de voix samplées ou naturelles, de sons réels ou fabriqués, ambiances à la Mortal Coil sur rythmiques envoûtantes, cet échantillon donne très envie. Rosa Crux est avant tout une réflexion en trois dimensions qui travaille avec les quatre éléments. Ils orchestrent la vidéo, la danse les machines infernales et les sons. Ils réalisent des univers, miroirs esthétiques mais sans concessions, sans humour, de l'humain dans sa laideur.

N'as-tu aucun scrupule, Olivier, a balancer à la face de l'homme son coté monstrueux?
"Non, parce que ce que je raconte est en chacun de nous. "