C H R O N O L O G I E
Premier Tambour...
Eté 1988

 

Etant en permanence à la recherche de lieux insolites, un ami nous informe de l'existence de grottes dans une petite ville a quelques kilomètres d'Amiens. Nous nous équipons de nos lampes-torches, appareils photos, caméras vidéo, cordes, casques, bottes, boussoles et casse-croûte. Départ de Rouen pour trois heures de voiture... Une véritable expédition.

C'était un beau Dimanche ensoleillé. Nous sommes remplis d'excitation et le trajet nous parait interminable.   Quelle ne fut pas notre surprise quand, arrivés dans la ville, nous voyons des pancartes neuves disposées tous les 100 mètres indiquant la direction "grottes". De plus en plus inquiets nous finissons le parcours fléché sur un parking géant, au loin, une file d'attente se devine! Il y a des touristes partout!!! Nous sommes tombés dans un piège-a-con !

Entrée payante, visites accompagnées par un guide, restaurants et bars acceptant la carte-bleu, toboggans géants, tourniquets et balançoires pour les enfants, cygnes et canards dans un décor de carte-postale. Il y a même un moulin a vent sur la colline a visiter en fin de parcours! L'horreur.

Nous sommes furieux, déçus, fatigués par le trajet et, plutôt que de faire sagement demi-tour, nous prenons un ticket sans doute par désespoir ! C'est peut être un endroit unique pour avoir été exploité de la sorte... Après une heure de queue, nous serons fixés: notre tour de visite commencera dans trois heures et durera précisément une demi-heure!!! Nous sommes en train de bouillir! Un petit tour au café? T-shirts, cartes postales, souvenirs, "le menu "Troglodyte" semble moins cher que le menu "stalagmite" annonce une vieille bigoudi toute excitée... C'est dur.

Trois siestes plus tard, le grand moment arrive! Suivez-le guide! Au premier couloir nous faussons compagnie a notre "groupe" et partons explorer les galeries au hasard. Impossible de se perdre! toutes les trois minutes nous retombons nez-à-nez avec un groupe de visiteurs. Nos lampes de poche sont inutiles, des ampoules sont installées tous les 10 mètres. Alors on attend, dans un recoin, on cherche quelque chose d'un peu sauvage... Tout est comme à l'extérieur, pollué.

Le sol est balayé, pas un caillou qui ne soit bien à sa place. Nous sommes surpris de ne pas rencontrer de vendeurs de chewing-gum. En comparaison, les catacombes de Paris à Denfert-Rochereau sont un vrai labyrinthe. Ici il faudrait être complètement saoul pour se donner un gramme d'émotion. Je me demande encore ce que nous avions espéré... Sans doute des grottes désertes, loin du bruit, des lumières, loin de tout ce qui est civilisé... Des grottes! tout simplement.

Pour couronner le tout, dans les derniers couloirs, dans une mise en scène des plus douteuses, des mannequins représentant les "métiers disparus de la ville" habillés façon "costumes d'époque" dans un décor de carton pâte.   La fileuse de laine, le tisserand, le vannier, le garde-champêtre... Comme si tout ça était là pour excuser cette immense arnaque. Alors, fou de rage, j'ai décroché le tambour de cuivre du garde champêtre, et je suis remonté en direction de la voiture. Dans ma tête tout était clair, je ne retenais que la seule chose qui me semblait intéressante: Je venais de trouver un vieux tambour en me promenant dans une grotte.

Les gendarmes ne l'entendaient pas ainsi. Le pseudo service d'ordre m'a vite rejoint à la voiture, cinq heures de garde à vue à la gendarmerie du coin, photos de face et de profil, empruntes digitales, dépositions, et une belle invitation à comparaître pour un procès au tribunal correctionnel d'Amiens.
Chef d'accusation: Vol dans un musée !!! !!! !!!  ... La farce était complète.

Le procès eu lieu six mois plus tard, j'ai été condamné à 2000F d'amende pour "trouble de l'ordre public"... dans une grotte...